A - Un manque considérable de contrôles, de règles et de transparence

 

    Il y a quelques années, les chercheurs et les sociétés qui effectuaient des recherches sur les nanoaliments, tels Kraft et son Nanotek Consortium ou bien Nestlé, communiquaient ouvertement sur leurs résultats et les produits qu'il élaboraient. Cependant, sentant l'inquiétude monter parmi les consommateurs, ces entreprises ne communiquent plus publiquement.
    Kraft à même cédé son consortium à Philipps Morris USA alors que celui-ci était très en vue. De plus, il a été renommé: «réseau interdisciplinaire des sciences et technologies émergentes». On observe donc une réelle distanciation par rapport à l'objet de la recherche et un refus de communiquer sur l'utilisation des nanotechnologies dans le domaine de la production alimentaire ainsi que sur leurs plans pour le futur, ce qui porte un coup dur à la transparence des marchés et aux droits des consommateurs de s'informer.

 

    Si les entreprises ne parle pas publiquement de leur produits, comment leur composition est-elle contrôlée ? Comment les risques sont-ils évalués ?

 

    Aujourd'hui, il est très difficile de recenser les nanoaliments déjà sur le marché: les entreprises ont bien compris avec les OGM que ce genre de technologies effraient les consommateurs. Ils n'ont donc aucune envie de communiquer sur le sujet ou même d'étiqueter le produit pour signaler la présence de nanoparticules: ils n'en ont de toutes manières pas l'obligation. En effet, d'après l'institut Woodrow Wilson, il y aurait plus de 500 de ces produits déjà en vente et seulement 3 dont l'étiquette dévoile leur composition nanotechnologique.
Concrètement, il est impossible pour un citoyen d'adopter ou de refuser ce type d'alimentation alors que nous ne savons que très peu de chose sur eux.

    En effet, les nanoaliments devraient se référer à la directive européenne REACh (en anglais: Registration, Evaluation and Authorisation of Chemicals, c'est à dire l’enregistrement, évaluation et autorisation des produits chimiques). C'est un règlement du Parlement européen et du Conseil de l'Union européenne adopté le 18 décembre 2006 qui a pour but de moderniser la législation dans le domaine des substances chimiques: l'objectif est de supprimer les substances les plus dangereuses. La nouveauté majeure est que c'est au fabriquant de prouver l'innocuité de son produit1. Mais ceci est insuffisant car seules les substances chimiques qui sont produites à hauteur de plus d'une tonne par an y sont soumises, et vu la taille des nanoparticules, cette limite n'est toujours pas atteinte. Il n'y a donc aucune obligation pour les fabricants de mener des tests de toxicité des nano-ingrédients avant leur diffusion.
    Rose FRAYSSINET (de l'ONG «Friends of the Earth») le dit: «d'après les textes européens  dés qu'on modifie un aliment, une étude d'innocuité est obligatoire. Mais personne ne sait le faire. (..) sans compter que les délais d'étude étant très longs, les résultats arriveront après la mise sur le marché. On demande aux fabricants de travailler dans des salles blanches, avec des scaphandres. Et juste derrière, on met les produits sur le marché. C'est aberrant ! ».
Plus inquiétant, elle ajoute aussi que «les lanceurs d'alerte sont actuellement dissuadés pas tous les moyens (poursuites en justice..) de briser la propagande officielle.»

    Qui voudrait stopper les industries quand on sait que la nanotechnologie est un milieu qui peut rapporter gros en cette période de crise ? En effet, la NSF2 américaine prédit ce marché à mille milliards de dollars en 2015. Ces chiffres sont difficiles à évaluer et à vérifier, surtout dans le domaine spécifique de l'alimentation du fait du manque de traçabilité,  mais il n'y a aucun doute sur le fait que ce marché peut rapporter gros quand on voit l'investissement qui s'y fait.
    Par exemple en France, 70 millions d'euros ont été investis en 2009 dans le projet Nano-Innov qui a pour objectif de placer le pays dans les meilleurs au niveau des nanosciences. En parallèle, pas un centime n'a été dépensé dans des études toxicologiques ou sur les risques environnementaux.

Cependant, peu à peu, des mesures se mettent en place: la loi du 13 juillet 2010 (suite au Grenelle 2) qui devrait entrer en vigueur dans peu de temps stipule que la déclaration de l'importation, la production et la distribution des nanomatériaux est obligatoire. On aura ainsi une vue plus claire sur ce marché mais cela ne garantira pas une traçabilité jusqu'au produit final.
    Ainsi, à l'heure où les nanoaliments se développent et envahissent nos supermarchés, l'instauration d'un cadre juridique amélioré et de protocoles d'études des différents risques devient urgente.

 

1: Article Premier du REACh : Il incombe aux fabricants, aux importateurs et aux utilisateurs en aval de veiller à fabriquer, mettre sur le marché ou utiliser des substances qui n’ont pas d’effets nocifs pour la santé humaine et l’environnement.
Ses dispositions reposent sur le principe de précaution.
2:  National Science Foundation